Été 1944,
alinéa.Le bruit continu du train se mêlait aux éclats de rire des enfants présents dans le compartiment. Ils s 'amusaient enivrés de joie, sans savoir ce qui les amenaient ici. Dès qu'il faisaient tomber une valise ils me jetaient des regards timides en gloussant, puis recommençaient leur vacarme incessant.
alinéa.J'appuyai ma tête contre le dossier inconfortable du siège, et fermai les yeux. Voilà cinq ans que la guerre avait éclatée, emportant avec elle des milliers d'âmes. Les raids aériens commençaient à toucher le nord de l'Angleterre; c'est-ce qui avait poussé la mère Adena à m'envoyer le plus loin possible de la banlieue londonienne. Après la mort de ma mère, il fut décidé que ma garde lui revenait; mon père accomplissant son service militaire. La voix orageuse de la mère Adena , fulminant sous l 'emprise de la colère résonnait dans ma tête. Cette femme avec ses airs de tyrans ne connaissait que le mot discipline, mais ces dernières années, elle avait pris soin de moi comme jamais je ne l'aurais imaginé. Je la revis secouant un mouchoir immaculé, découvrant de gros bras solides et un teint halé.
- Au revoir Jane ! m 'avait-elle crié.
J'avais essayé de lui répondre, mais le départ du train était imminent et un grand voile de fumée avait recouvert le quai . Les hurlements des enfants et des parents persistaient. Mon adieu s'était envolé, perdu dans la cohue. Puis la confusion s'était apaisée; le train avait quitté la gare. Seul les champs à perte de vue étaient visibles.
alinéa.Je rouvris les yeux, me demandant quand le train arriverait à destination. J'allais être expédiée dans un couvent au nord de l'Angleterre, et cette épreuve restait insoutenable. Les bons moments devenaient des tissus de souvenirs sans importance.
alinéa.Un laborieux périple s'offrait à moi; une aventure m'attendait.